GITEX, Kano et IA


Marrakech, l’ocre cité où l’écho des Almoravides et des Almohades résonne encore sur les remparts. Jadis poumon intellectuel et carrefour des mondes, une capitale de dynasties dont le rayonnement dépassait les horizons. Sous la protection bienveillante des Sab3atou Rijal et l’aura spirituelle de Moulay Brahim, cette terre de savoir et de commerce semble aujourd’hui se parer des paillettes d’un Vegas marocain, un théâtre de divertissement et de lumière qui revendique sa place au centre de l’échiquier tech mondial. Pourtant, quel dommage de voir la grandeur du décor se heurter au désordre des coulisses.


Le client est un être de promesses. Si la base n’est pas délivrée, l’insatisfaction l’emporte sur le prodige. Au Gitex, entre une organisation qui se cherche et une logistique qui s'égare, l'effet Kano a pris des airs de leçon brutale : des files d'attente désordonnées pour s'offrir le luxe d'entrer, un Wi-Fi saturé, des micros muets et des projections fantomatiques. Marrakech, capitale mondiale du "Karam" et de l'hospitalité légendaire, où chaque coin de rue exhale les parfums d'une Tangia mijotée avec soin me rappelant les saveurs de ma grand-mère, méritait mieux qu'une restauration au cynisme achevé. Servir un plat indigeste au double de son prix n'est pas une opportunité commerciale, c'est une offense aux saveurs locales et à l'esprit du bien recevoir qui définit notre pays.


Heureusement, une lueur de raison a percé le brouillard des discussions déconnectées du terrain. Le workshop du professeur Samir El Masri fut un rappel salutaire : le futur de la tech, porté par l'IA agentique, ne peut s'écrire sans une Data rigoureuse et une éthique centrée sur l’Humain. Encore faudra t-il s’accorder sur la sagesse et la raison. Mais plus que les concepts, c’est le mindset qu’il prône qui doit nous inspirer : celui d’une curiosité insatiable, d'une formation continue et de cette humble capacité à essayer pour apprendre de ses erreurs. Dans une ville qui a toujours su marier tradition et intellect, ce rappel à la substance était une nécessité, une sagesse.


C’est précisément cette soif de découverte et d’expérimentation qui m’a conduit à franchir le seuil du buildathon de Lovable. Ce défi fut l'étincelle nécessaire pour mettre enfin mes idées en pratique. J'ai pu forger, en moins d'une heure et juste avec mon téléphone, un système de management, accessible, intelligent et fonctionnel. Ce MVP n'était pas une simple esquisse; c’était un outil robuste intégrant une IA embarquée, de l'OCR, une assistance vocale et un agent IA capable d’analyser, de benchmarker et de suggérer des actions correctives, en moins de 10 prompts.


Cette expérience révèle une vérité : nous sommes dans une ère où le code n'est plus une forteresse, c'est une matière malléable au gré du prompt et où l’économie semble portée par l’illusion plutôt que la valeur. Quelle est alors la pérennité des startups qui saturent les allées des salons si n’importe qui peut désormais créer la même technologie par rétro-ingénierie et IA en un cycle de café ? Où réside désormais les barrières à l’entrée ? On nous vend des contes de fées portés par le culte de la personnalité et la force du networking, alors que l'expertise pure semble devenir éphémère. La réalité du terrain finira-t-elle par confronter ces histoires à la vitesse d'une IA qui galope plus vite que les poignées de main ?


Afrique ! Il est temps de se réveiller, de relever les standards et de repousser la barrière du possible. L’IA ne pardonne ni le médiocre ni l’approximatif. Pour être compétitif, il faut désormais prévoir l’avenir, taire les bruits et écouter le calme avant la tempête. À force de naviguer dans les cadres étroits que nous imposent les algorithmes et les modèles préconçus, nous risquons d'oublier que ce qui révolutionne le monde réside dans la capacité à penser "outside the box”. Si nous ne sommes que des performeurs de récits séduisants mais vides de substance, nous serons balayés par une IA qui n’attend personne. Pour ne pas devenir obsolète, il faut oser briser les moules et cultiver cette audace intellectuelle qui fut autrefois la gloire de Marrakech. 


Éphémère est la technique, éternelle est la pensée libre.


Par Wiam ATFI


12 Avril 2026