Pourquoi Trump a voulu fermer
le département de l’Éducation nationale?


Je ne vais point vous lasser avec les jérémiades habituelles sur le niveau du baccalauréat, qu’on abaisse chaque année pour complaire aux statistiques, ni sur ces usines à diplômes qui impriment des masters et doctorat avec la frénésie d'une banque centrale en temps de crise ; ce serait là enfoncer des portes ouvertes avec la délicatesse d'un bélier. Non, je préfère vous conter une fable moderne, ou plutôt une tragédie bouffonne, qui explique pourquoi ce cher Monsieur Trump, dans un éclair de lucidité comptable, a songé à fermer le robinet de l'éducation nationale. C'est l'histoire de X, créature de notre temps dont je tairai le genre, car la fatuité, voyez-vous, est une tare universelle qui n'a nul besoin de sexe pour s'épanouir.


Imaginez ce profil type. X a renié ses racines, gommé son patronyme pour se fondre dans le creuset de l'Oncle Sam, et s'affiche sur LinkedIn non comme un expert — terme trop vulgaire — mais comme "PhD" ou "Dr". Ces lettres sont portées comme des médailles pour masquer le vide, une tentative désespérée de distinction là où il n'y a souvent que conformisme.


Mais voilà que le vent tourne outre-Atlantique. Monsieur Trump, ce businessman à la mèche impétueuse, a coupé les vivres. Il a fermé le robinet des contrats fédéraux, mettant à la porte des bataillons de chercheurs. Et s'il a menacé de fermer le Département de l'Éducation, c'est au nom d'un cynisme économique implacable : pourquoi s'évertuer à fabriquer des têtes bien faites en Amérique quand on peut importer des têtes bien pleines du monde entier ? Pourquoi cultiver quand on peut acheter ? L'Amérique ne forme plus (l'a-t-elle jamais fait ?), elle fait son marché. Et X, hélas, est un produit invendu du rayonnage.


Revenu(e) au pays, la queue basse, X s'attendait au tapis rouge. Quelle candeur ! Des docteurs, nous en avons des légions qui manifestent devant le Parlement. Je dis bien devant, à rôder aux alentours, et non dedans, à somnoler sur le velours.


Faute de gloire, X nous vend du vent : “Intelligence émotionnelle et leadership". Le concept est d'une beauté diabolique : il s'agit de motiver des forçats à trimer 24 heures sur 24 pour payer leur abonnement Netflix et leur iPhone — et bientôt l'air qu'ils respirent quand leurs datacenters auront pollué toute la sphère — le tout avec le sourire. C'est le management par la chimie. Tu t'effondres ? "Tiens, prends un café, du sucre, un rail, ça va te relancer !" On fabrique des robots usés jusqu'à la corde, et on appelle cela le progrès. Des robots qui, une fois s’arrêtent de consommer, se font pourchasser par l’ICE.


C'est ici que le hasard, la destinée, ou peut-être la Sécurité ont fait croiser nos chemins. Fidèle à cette hospitalité marocaine, relique d'un temps où l'on savait recevoir, j'ai ouvert ma porte à X. Et qu'ai-je reçu en retour ? Le vol. X m'a dérobé mon téléphone.


L'ironie est ici si pure qu'elle en devient aveuglante : X, boursier(e) d'une des dix meilleures universités américaines, prépare une thèse sur... "l'Éthique et l'Intelligence Artificielle".

En voilà une farce. X se pavoise de comprendre la morale des machines, mais échoue à la probité humaine la plus élémentaire. Et ne blâmez pas les machines ! On accuse les grands modèles de langage (LLM) de piller le savoir, mais c'est faux. L'IA n'est qu'un miroir. Elle reflète ce qu'elle trouve sur Internet et les diverses recherches des grands continents. Or, qui a pillé les bibliothèques de Bagdad ? Qui a absorbé le savoir de l'Andalousie, de l’Afrique et de l'Asie sans jamais citer la source, s'appropriant les mathématiques, la médecine et l'astronomie pour bâtir sa "Renaissance" ? Vous connaissez la réponse. Les LLM ne font que réciter l'omission organisée par l'Histoire des vainqueurs. Ils scannent un web où notre héritage a déjà été effacé.


Cette mésaventure m'a renvoyé violemment à ce verset qui résonne comme un gong : 

“قُلْ هَلْ يَسْتَوِي الَّذِينَ يَعْلَمُونَ وَالَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ” سورة الزمر - الآية 9


Ne vous y trompez pas. Il ne s'agit pas ici d’éducation ou de diplômes. X "sait". X a déjà un doctorat en philosophie et prépare le second. X a accumulé des connaissances, des faits, des théories, sa tête est bien pleine, comme un grenier où l'on entasse tout pêle-mêle. C'est le savoir technique, froid, calculateur. Mais ce que le verset pointe, c'est la Conscience, la Lumière au fond de la caverne.


La tête bien faite est celle qui juge, qui pèse, qui distingue le juste de l'injuste. La connaissance sans conscience, disait Rabelais, n'est que ruine de l'âme. X est une ruine bardée de diplômes. Une encyclopédie capable de vol. C'est la conséquence d'une civilité individualisée, d'un savoir-faire sans savoir-être, d'empathie instagrammée, et d'un respect capitalisé.


Pour conclure, regardons nos propres dirigeants. Le tableau n'est pas tout noir. Il y a ce quart courageux qui, sans des moyens colossaux, tente de bricoler un avenir, de se débrouiller avec ingéniosité. Et puis il y a le reste qui a oublié. Oublié le sens du mot "اقرء" pour ne retenir que le chiffre du compte en banque. Oublié les premiers vers de notre hymne:

 « منبت الأحرار؛ مشرق الأنوار »


La lumière ne vient pas d'un doctorat acheté à crédit. Elle vient de la mémoire de qui nous sommes. Des qualités et valeurs qui, comprises et respectées, nous permettront de vivre dans le meilleur des mondes possibles.



Cet essai a été rédigé par Wiam ATFI et affûté par Voltaire IA, assistant satirique et philosophique.

Le 26 Janvier 2026.